Avec une décollecte nette de 490 millions d'euros en mars 2026, le Livret A signe son pire mois de mars depuis quinze ans. Le produit pâtit d'un taux divisé par deux en un an, alors que les fonds en euros de l'assurance vie reprennent l'avantage.
Le placement préféré des Français traverse une période de désaffection. Selon les chiffres de la Caisse des dépôts publiés en avril 2026, les épargnants ont retiré 490 millions d'euros de plus qu'ils n'en ont déposés sur leur Livret A en mars. C'est le pire mois de mars depuis 2009, début de la collecte de cette donnée par la CDC, et le pire premier trimestre depuis lors. La tendance n'est pas accidentelle : janvier et février avaient déjà enregistré des décollectes nettes. Le produit reste néanmoins massif. Avec environ 58 millions de livrets ouverts, l'encours total atteint 446,5 milliards d'euros, malgré une baisse de 3,1 milliards depuis le début de l'année.
Un taux divisé par deux qui rebat les cartes
La raison principale tient au taux. Le Livret A et le Livret de développement durable et solidaire (LDDS) rapportent désormais 1,5 % nets, contre 3 % jusqu'en janvier 2025. Le LDDS, dont le plafond est inférieur à celui du Livret A mais le taux identique, fait du quasi-surplace en mars (+80 millions d'euros), pour un encours de 165,3 milliards. Cette baisse de rémunération profite aux concurrents directs des livrets réglementés. Les fonds en euros de l'assurance vie ont affiché un rendement moyen de 2,65 % en 2025, selon une estimation publiée fin mars par l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR). Ils sont redevenus compétitifs et captent l'essentiel des flux depuis le début de l'année.
La comparaison appelle toutefois une précaution méthodologique : le taux du Livret A s'entend net d'impôt et de prélèvements sociaux, tandis que celui des fonds en euros est brut de fiscalité. Une fois les prélèvements sociaux de 17,2 % appliqués, le rendement net d'un fonds en euros à 2,65 % s'établit autour de 2,19 %. À cela s'ajoute, le cas échéant, l'imposition des gains au moment d'un rachat. La hiérarchie reste favorable à l'assurance vie pour un horizon de plusieurs années, surtout au-delà de huit ans avec l'abattement annuel sur les rachats. Mais la comparaison brute peut induire en erreur sur courte période.
Vers un relèvement du taux dès l'été 2026 ?
Le scénario d'une remontée se précise. La poussée d'inflation mesurée par l'Insee en mars — 1,7 % sur un an, contre 0,9 % le mois précédent — pourrait remettre le Livret A dans la course dès cet été. Cette accélération s'explique par un rebond marqué des prix de l'énergie, en particulier des produits pétroliers (+17,1 % sur le mois après +1,8 % en février), dans un contexte géopolitique tendu au Moyen-Orient. Le taux du Livret A étant en partie indexé sur l'inflation, il a de fortes chances d'être relevé lors de la prochaine révision de mi-juillet, pour une entrée en vigueur au 1ᵉʳ août.
Plusieurs voix convergent. Le directeur adjoint de la CDC, Antoine Saintoyant, a indiqué début avril s'attendre à une hausse. Les économistes du groupe BPCE tablent sur 1,8 %. Philippe Crevel, directeur d'un centre de réflexion sur l'épargne, évoque même un retour possible à 2 %. Le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé sous conditions de ressources et rémunéré à 2,5 %, n'a pas non plus attiré les foules en mars (-120 millions d'euros), pour un nombre de bénéficiaires plafonnant autour de 12 millions, malgré les efforts répétés de Bercy et de la Banque de France pour en élargir l'accès.
Pour un épargnant, le contexte invite à un examen serein de la place réelle des livrets dans son allocation. La trésorerie de précaution garde tout son sens — liquidité immédiate, sécurité absolue, exonération fiscale —, et le plafond cumulé Livret A plus LDDS de 34 950 euros par personne reste incontournable pour cette poche. Mais l'épargne longue se justifie de moins en moins sur un Livret A à 1,5 %, alors que d'autres enveloppes offrent davantage de souplesse fiscale et de diversification. L'assurance vie, à condition d'arbitrer correctement entre fonds en euros et unités de compte, constitue le véhicule de référence pour les horizons supérieurs à huit ans.
Pour les ménages éligibles, le LEP reste mécaniquement supérieur au Livret A, avec un taux d'un point de plus et le même cadre fiscal. Son plafond, relevé à 10 000 euros, mérite d'être saturé en priorité. Au-delà, la question se pose en termes d'objectif et d'horizon. Une révision annuelle de la répartition entre épargne de précaution, épargne de moyen terme et épargne longue, conduite avec son conseiller, est sans doute le meilleur réflexe à adopter dans une période où la hiérarchie des rendements se redessine au gré des décisions de politique monétaire et de l'inflation.
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