Une femme née en 2000 pourrait percevoir près de 400 000 euros de moins qu'un homme au cours de sa vie. C'est le constat frappant d'une étude inédite d'Allianz Research, publiée à l'occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2026. Du premier salaire à la pension de retraite, les inégalités de revenus se réduisent… mais bien trop lentement.
Ce que révèle l'étude Allianz Research
L'étude « Closing the Gender Income Gap: From Paycheck to Pension » est la première du genre à mesurer l'écart de revenus entre les femmes et les hommes sur l'intégralité du cycle de vie : salaires, revenus de l'épargne et pensions de retraite.
Elle couvre 14 pays de l'OCDE et compare trois générations (nées en 1975, 2000 et 2025). Le résultat principal pour la France est édifiant : une femme de 26 ans aujourd'hui, née en 2000, peut s'attendre à percevoir environ 393 000 euros de moins qu'un homme du même âge sur l'ensemble de sa vie, en cumulant revenus du travail, de l'épargne et de la retraite.
L'écart de revenus sur l'ensemble de la vie est passé de 20,5 % pour la génération 1975 à 10,5 % pour la génération 2000. C'est un vrai progrès, mais la dynamique s'essouffle : pour la génération 2025, cet écart ne descend qu'à 10 %, ce qui montre que la convergence tend à stagner.
Les trois composantes de l'inégalité sur une vie
L'étude d'Allianz décompose l'écart de revenus en trois piliers. Comprendre cette mécanique est essentiel pour savoir où agir.
Les revenus du travail : le cœur du problème
C'est le facteur numéro un. À l'échelle de l'OCDE, les revenus du travail représentent **79 % de l'écart total** de revenus sur la vie. En France, les femmes nées en 2000 devraient gagner environ 16 % de moins que les hommes sur l'ensemble de leur vie active.
Ce n'est pas uniquement une question de salaire horaire. À temps plein, le salaire horaire des femmes se situe entre 79 % et 100 % de celui des hommes selon la tranche d'âge. Le vrai problème structurel, c'est le **temps partiel** : environ 25 % des femmes travaillent à temps partiel en France, contre seulement 7 % des hommes. Ce déséquilibre pèse énormément sur les revenus cumulés.
La bonne nouvelle : la part des femmes à temps partiel a reculé depuis son pic de 31 % à la fin des années 1990 et devrait continuer à baisser pour atteindre environ 17 % à long terme. De même, le taux d'activité des femmes devrait passer de 80 % aujourd'hui à environ 90 % d'ici la fin du siècle. Si ces tendances se confirment, l'écart annuel moyen de revenus du travail pourrait tomber de 20 % aujourd'hui à seulement 2 % à très long terme.
Les pensions de retraite : l'effet cumulatif
En France, le système de retraite repose sur les cotisations versées au cours de la carrière. Moins d'heures travaillées, des interruptions plus fréquentes et des salaires plus bas se traduisent mécaniquement par des pensions plus faibles pour les femmes.
Les pensions représentent 16 % de l'écart total de revenus sur la vie au niveau de l'OCDE. En France, grâce à une espérance de vie plus longue, les femmes passent davantage d'années à la retraite, ce qui compense partiellement l'écart. Mais le déficit reste bien réel.
À titre de comparaison, l'écart de pension moyen dans l'OCDE s'élève à 23,7 %, en baisse par rapport aux 28,3 % de la fin des années 2000, mais encore très significatif.
Les revenus de l'épargne : un levier sous-exploité
Les revenus du capital ne représentent que 5 % de l'écart total au niveau de l'OCDE, mais c'est un domaine où les femmes ont une vraie marge de manœuvre.
Les femmes obtiennent systématiquement des résultats inférieurs aux hommes en matière de littératie financière, de comportements d'investissement et de confiance dans la gestion de leur patrimoine. Selon Allianz Research, combler cet écart de connaissances financières pourrait augmenter les rendements annuels des investissements des femmes de 1,5 point de pourcentage. Sur une vie entière, grâce à l'effet des intérêts composés, cela représente des dizaines de milliers d'euros.
La France au 4e rang : pas si mal, mais peut mieux faire
Dans le classement des 14 pays étudiés, la France se positionne au 4e rang pour l'écart résiduel de revenus sur la vie pour la génération 2025, avec un écart projeté de 10 %.
C'est honorable : la Suède arrive en tête avec un écart qui devient négatif (-2,4 %, ce qui signifie que les femmes y gagneront légèrement plus que les hommes sur la vie entière). Les États-Unis et l'Espagne suivent avec environ 7 %. En revanche, l'Italie (24 %), l'Allemagne (26 %) et la Suisse (32 %) affichent des écarts encore très élevés.
Ce qui distingue les pays les plus avancés, c'est moins l'égalité de salaire horaire que l'égalité du temps de travail. Le vrai clivage se fait sur le recours au temps partiel et l'intensité du travail sur l'ensemble de la carrière.
Pourquoi le temps partiel est la clé de tout
L'étude Allianz enfonce le clou : le facteur le plus déterminant pour expliquer les écarts de revenus sur une vie, ce n'est pas le salaire horaire, c'est le nombre d'heures travaillées..
Aux Pays-Bas, plus de la moitié des femmes actives (52 %) travaillent à temps partiel. En Allemagne, c'est 36 %. Au Royaume-Uni, 32 %. Dans ces pays, les écarts de revenus sur la vie restent élevés même lorsque le salaire horaire est quasi identique entre hommes et femmes.
La raison principale de ce recours massif au temps partiel est la répartition inégale des tâches domestiques et familiales. Dans l'OCDE, les femmes consacrent en moyenne 256 minutes par jour au travail non rémunéré (ménage, enfants, soins), contre 135 minutes pour les hommes — soit plus de deux heures de différence quotidienne.
La « pénalité maternité » joue un rôle central : l'arrivée du premier enfant provoque une divergence durable des trajectoires professionnelles. En France, cette pénalité est estimée à environ 25 %, ce qui signifie que les mères voient leur probabilité d'emploi chuter d'un quart par rapport aux pères dans les dix ans suivant la naissance.
Le nouveau risque : l'intelligence artificielle
L'étude met aussi en lumière un danger émergent : l'écart d'adoption de l'IA entre femmes et hommes. Dans l'Union européenne, 19,4 % des hommes actifs utilisent l'IA générative à des fins professionnelles, contre 16,4 % des femmes — un écart relatif d'environ 16 %.
Or, à mesure que l'IA devient un outil de productivité incontournable, ceux qui l'adoptent tôt accumulent des compétences, de la visibilité et des gains de productivité. Si les femmes ne comblent pas rapidement cet écart d'adoption, les inégalités de revenus pourraient s'aggraver dans les décennies à venir.
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