Longtemps cantonné au registre du loisir, le streaming est en passe de devenir un poste budgétaire structurel pour les ménages français. Selon une étude prospective publiée par Spliiit, la dépense mensuelle consacrée aux plateformes de vidéo à la demande pourrait atteindre jusqu’à 75 € par mois en 2030, sous l’effet conjugué de la multiplication des offres et d’une inflation durable des abonnements numériques .
Derrière ce chiffre se dessine une transformation plus profonde : le numérique s’impose progressivement comme un nouveau centre de gravité du budget des ménages, au même titre que l’énergie, l’alimentation ou les assurances.
Le streaming, nouveau pilier du budget des ménages
La projection repose sur l’observation des hausses tarifaires récentes et sur la coexistence croissante de plateformes devenues difficilement substituables. Entre Netflix, Disney+ ou encore HBO, les stratégies d’exclusivité des contenus incitent les foyers à cumuler les abonnements plutôt qu’à arbitrer.
À l’horizon 2030, le streaming vidéo représenterait ainsi près d’un tiers du budget total consacré aux abonnements numériques, marquant un basculement : l’accès aux contenus devient moins un choix ponctuel qu’un engagement récurrent.
Un « panier numérique » estimé à 230 € par mois
Le phénomène ne se limite pas au divertissement. Spliiit estime que le budget global nécessaire pour accéder aux services numériques essentiels pourrait atteindre environ 230 € par mois, soit 2 760 € par an .
Ce panier inclurait notamment :
• le streaming vidéo (~75 € par mois),
• les outils de productivité et d’intelligence artificielle (~45 €),
• les services financiers et de cybersécurité (~30 €),
• la musique et l’audio (~25 €),
• l’information et la presse en ligne (~25 €).
Pour les ménages patrimoniaux comme pour les classes moyennes supérieures, cette addition progressive agit comme une inflation silencieuse, rarement anticipée dans les arbitrages budgétaires de long terme.
Une dépense désormais assimilable à une charge quasi fixe
Sur le plan patrimonial, l’enseignement est clair : le numérique ne relève plus du confort ajustable. Il devient une dépense contrainte, conditionnant l’accès à l’information, au travail, à la culture et demain potentiellement à d’autres services essentiels.
Jonathan Lalinec, cofondateur de Spliiit, alerte sur ce basculement : lorsque la seule dépense de streaming approche 75 € mensuels, « on ne parle plus de loisir, mais d’un poste de dépense contraint qui pèse directement sur le pouvoir d’achat » . Pour les investisseurs et les conseillers patrimoniaux, cette évolution impose une lecture nouvelle du reste à vivre et de la soutenabilité des budgets à long terme.
Le risque d’un “mur des abonnements”
L’étude identifie plusieurs tendances structurelles : une inflation annuelle estimée entre 10 % et 15 % sur les services numériques, une fragmentation croissante des offres et la transformation de services autrefois inclus en options premium .
À terme, cette accumulation pose une question patrimoniale centrale : le numérique pourrait devenir un facteur de différenciation sociale, où l’accès à des services de qualité dépendrait de plus en plus du niveau de revenus, au même titre que le logement ou l’éducation.
Une nouvelle variable à intégrer dans l’analyse patrimoniale
À l’horizon 2030, la question ne sera plus seulement de choisir ses abonnements, mais de maîtriser un budget numérique devenu structurel. Pour les ménages comme pour les investisseurs, cette mutation appelle des arbitrages plus rationnels : mutualisation, partage légal des abonnements, hiérarchisation des usages.
Le streaming apparaît ainsi comme la face visible d’un mouvement plus large : celui d’une économie de l’abonnement qui transforme durablement la structure des dépenses… et la gestion patrimoniale du quotidien.
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