Après deux années heurtées, le capital-investissement dans la santé signe un retour spectaculaire. Porté par les mégadeals, le rebond des sorties et l’appétit renouvelé des fonds, le secteur s’impose comme l’un des moteurs mondiaux du private equity.
L’année 2025 restera comme un jalon pour le private equity santé. Selon le rapport annuel publié par Bain & Company, la valeur mondiale des opérations a atteint un record historique de 191 milliards de dollars, dépassant le précédent pic de 2021. Un niveau d’activité d’autant plus remarquable qu’il s’est construit malgré un net ralentissement au deuxième trimestre, lié aux tensions commerciales et aux droits de douane.
Le retour en force des grandes transactions
Ce sont d’abord les transactions de plus d’un milliard de dollars qui ont tiré la dynamique. Leur multiplication a compensé les hésitations du premier semestre et redonné de l’élan au marché. En volume, les investisseurs ont annoncé 445 rachats en 2025, soit le deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré.
Signe tout aussi structurant : le redémarrage des cessions. Après une année 2024 atone, la valeur des sorties bondit à 156 milliards de dollars, portée par le retour massif des transactions de sponsor à sponsor. Un signal clair : les portefeuilles arrivent à maturité et les fonds relancent des processus de vente longtemps différés.
Pour Kara Murphy, associée chez Bain et co-responsable de la pratique healthcare private equity, « la hausse des grandes opérations et le redressement des exits traduisent un retour de la confiance, dans un contexte de dry powder élevé et de pressions croissantes sur la durée de détention des actifs ».
L’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie en ordre de marche
Sur le plan géographique, la reprise est globale, mais contrastée. En Amérique du Nord, le marché s’est redressé grâce aux grandes transactions : 26 opérations supérieures à 1 milliard de dollars ont été recensées sur l’année, contre 14 seulement en 2024. Plus de 70 % d’entre elles prennent la forme de ventes entre fonds. Résultat : les sorties atteignent près de 90 milliards de dollars, contre 35 milliards l’an passé.
L’Europe signe l’une des progressions les plus spectaculaires, avec une valeur des deals qui double quasiment à 59 milliards de dollars. Le continent bénéficie d’un fort retour du segment large cap, soutenu par la biopharma, qui concentre à elle seule les cinq plus grosses transactions de l’année.
En Asie-Pacifique, malgré un trou d’air au printemps, l’activité dépasse son record historique de 2021 de plus de 30 %. Le redressement de la Chine, la dynamique japonaise et la montée en puissance de l’Inde et de l’Australie contribuent à ce nouveau sommet régional.
Biopharma, services de santé et medtech : les piliers du cycle
Sur le plan sectoriel, trois segments dominent clairement le cycle. La biopharma reste le premier réservoir de valeur, avec 80 milliards de dollars de transactions en 2025 et plus de 130 opérations. Elle représente environ 30 % des volumes mondiaux depuis cinq ans.
Les services aux prestataires de soins, notamment dopés par la santé numérique, enregistrent une progression encore plus marquée : +57 % en valeur, à 62 milliards de dollars. Les investisseurs ciblent des plateformes technologiques, analytique, optimisation des effectifs, solutions IT, davantage que les opérateurs de soins « purs ».
La medtech confirme enfin son retour post-Covid. Sa valeur de marché double presque en un an pour atteindre 33 milliards de dollars, illustrant l’attrait des fonds pour des modèles industriels éprouvés, combinant croissance du chiffre d’affaires et expansion des marges.
2026 : un terrain favorable, mais plus exigeant
Au-delà des chiffres, Bain identifie trois tendances structurantes pour 2026 : la poursuite des opportunités dans la healthcare IT, la recomposition du secteur des services pharmaceutiques autour d’actifs premium, et l’évolution des groupes de médecins vers des modèles intégrés et centrés sur la qualité des soins.
« Le retour des transactions sponsor à sponsor et l’intérêt pour les carve-outs (une opération par laquelle une entreprise isole une activité, une filiale, une marque ou une division du reste du groupe pour la vendre, l’introduire en Bourse ou l’ouvrir à des investisseurs, tout en la rendant juridiquement et opérationnellement autonome) montrent que l’activité va rester soutenue », estime Nirad Jain, co-responsable mondial de la pratique. Mais dans un environnement où la concurrence reste intense et les valorisations élevées, la clé résidera désormais dans la capacité des fonds à déployer des stratégies de création de valeur crédibles et différenciantes.
Après une année 2025 record, le private equity santé n’entre pas dans une phase d’euphorie, mais dans un nouveau cycle de sélectivité, plus actif, plus structuré, et sans doute plus exigeant pour les investisseurs.
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